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Méthode du dialogue émergent

La plupart des conversations sont faites pour aboutir à une décision, et beaucoup doivent l'être. Le dialogue émergent prend soin des conditions dans lesquelles un groupe peut penser ensemble, pour que la compréhension puisse grandir entre les personnes et qu'un désaccord puisse ouvrir une question.

C'est une pratique à laquelle je reviens souvent, apprise dans des groupes où j'ai pris place, et dans ces moments où une salle a su quelque chose qu'aucun de nous n'avait apporté en entrant. L'écrire seul porte sa propre ironie : une seule personne décrivant une manière de penser qui n'arrive qu'entre plusieurs. Ce qui suit est un ensemble de pratiques que je mets à l'épreuve et que j'interroge, offert pour que vous puissiez en faire autant.

Ce à quoi la méthode se fie

Le dialogue émergent se fie à l'idée qu'un groupe sait parfois ce qu'aucun de ses membres n'aurait pu atteindre seul, et que la confusion et la contradiction sont souvent les lieux où se cache une pensée nouvelle. Une grande part du travail se fait dans les pauses et dans ce qui reste non dit. J'y reviens dans les réunions d'organisation, dans les ateliers et dans les équipes qui essaient de parler de leur culture plutôt que seulement de leurs procédures.

La pratique

Commencez par rendre la salle capable de porter ce qui vient. Convenez de ce à quoi sert la conversation, de ce qu'elle tranchera ou non, de qui veillera sur elle et du moment où elle finira, et laissez-lui du temps en abondance dans ce cadre, puisque l'émergence ne se presse pas. Chacun peut demander une pause pour réexaminer le cadre si le moment s'avère réclamer autre chose. Proposez quelques accords que le groupe peut accepter ou modifier : parler à partir de ce que l'on a vécu ; rester curieux de ce qui surprend ; laisser le silence se poser sans le remplir ; remarquer le moment où l'on se met à faire étalage de ce que l'on sait. Partager une expérience personnelle n'est jamais une obligation. Faites de la place aux personnes qui pensent avant de parler, et aux façons de contribuer qui ne passent pas par la parole.

À partir de là, le travail consiste à écouter sans traiter chaque contribution comme le signal de la réponse que l'on a déjà, et à suivre ce que le groupe fabrique ensemble. Posez des questions qui ouvrent : qu'est-ce que nous portons sans l'avoir examiné ? Qu'est-ce qui deviendrait possible si nous tenions cette contradiction sans la résoudre ? Résistez à l'envie de dissiper la confusion dès qu'elle apparaît. Laissez les perspectives coexister avant toute synthèse, et remarquez ce qui se passe quand quelqu'un dit une chose qu'il ne s'attendait pas à dire, et la manière dont le groupe s'en saisit.

Au moment de clore, récoltez sans figer. Rassemblez les questions nouvelles, les tensions qui méritent d'être portées plus loin, ce que le groupe a précisé ensemble, et toute étape suivante dont il a réellement convenu, et laissez chacun corriger le compte rendu. Ce qui reste irrésolu doit quitter la salle irrésolu. Dites-le.

Si une forme vous aide à commencer, un mouvement peut ressembler à ceci : chaque personne nomme ce qu'elle apporte ; le groupe choisit une seule question avec laquelle vivre ; les personnes parlent depuis l'expérience avant que quiconque réponde ; un temps de silence ou d'écriture ; une enquête partagée qui approfondit et complique ; une mise en commun de ce qui a émergé ; un tour de clôture où chaque personne nomme ce qu'elle emporte. À chaque tour, chacun peut passer. Tenez la forme avec souplesse ; elle est là pour protéger la qualité d'attention.

Là où l'émergence rencontre le pouvoir

L'émergence est un mot doux, et la douceur peut être utilisée. Dans un groupe traversé par des pouvoirs inégaux, une invitation ouverte à rester avec l'incertitude peut protéger sans bruit ceux que l'absence de décision arrange. Une part de l'incertitude est générative : le groupe ne sait pas encore. Une autre relève de l'ambiguïté stratégique, quand quelqu'un sait, et que le vague abrite le confort, le statut ou le contrôle, sous les traits de l'ouverture, tout en protégeant ce qui est déjà en place. Et une question à laquelle personne ne sait encore répondre peut tout de même faire peser l'attente sur certains plus que sur d'autres. Le même silence peut contenir chacune de ces situations, et les intentions se lisent mal depuis l'intérieur d'une salle ; demandez donc ce à quoi la salle peut répondre : que nous reste-t-il à apprendre, que pourrait-on décider en attendant, et qui porte le coût de l'attente ?

Quelqu'un doit veiller sur la salle, et veiller est un pouvoir en soi. La domination, la fatigue, la dérive vers l'abstraction, le moment où le cadre cède : tout cela demande à être remarqué, et le but de cette veille est que ce qui émerge fasse plus que reproduire les rapports de pouvoir que les personnes ont apportés en entrant.

Certains moments appellent tout autre chose. Une action urgente, la réparation d'un tort avec des comptes à rendre, une décision que le consentement doit trancher, la protection d'une personne qui a moins de pouvoir : tout cela demande de la clarté, du refus ou de la rapidité, et cette pratique ne ferait que les retarder. Elle mérite en partie la confiance qu'on lui accorde parce qu'elle sait quand s'écarter.

Le dialogue émergent rend l'action redevable
à ce qu'un groupe en est venu à savoir ensemble.

Tenu en éveil face au pouvoir,
il s'affine à mesure qu'on le vit.

Note sur cette méthode. Elle a été façonnée par de nombreuses lignées de pratique : pratique du cercle, enquête collective, organisation communautaire, pédagogie dialogique, traditions autochtones du conseil et du savoir relationnel. Je ne revendique la propriété d'aucune d'elles, ni la maîtrise de traditions qui ne m'ont pas été confiées. C'est une synthèse située, celle d'une seule personne, et tenue de rester révisable.